Page:Boissy-Oeuvres de Théâtre de M. Boissy. Vol.2-1773.djvu/216

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Je suis, je suis égal au Général d’Armée
Qui revient triomphant.


MONTVAL.

Qui revient triomphant.Je puis vous y servir.


LE BARON.

Doucement, vous m’allez étouffer de plaisir.


MONTVAL.

Pour modérer, Monsieur, cette joie excessive,
Songez que vous devez craindre l’alternative.
Le Général d’Armée est quelquefois battu.


LE BARON.

Oh ! l’exemple console, Annibal fut vaincu.


MONTVAL.

Monsieur, à ce prix-là, soyez sûr de la chose.


LE BARON.

Faites-moi vîte Auteur, & ne fût-ce qu’en prose.


MONTVAL.

Vous l’allez être en vers, en voici le brevet :
Adoptez cet écrit sous le sceau du secret ;
Nul autre que nous deux ne saura ce mystere.


LE BARON.

Quoi ! des enfans d’autrui je serai donc le pere !


MONTVAL.

Consolez-vous, Monsieur, nombre de beaux-esprits
Ressemblent sur ce point à beaucoup de maris.


LE BARON.

Mais c’est un vol secret qui tient de l’imposture.


MONTVAL.

Non, il ne blesse pas les lois de la droiture.


LE BARON.

On trompe en se parant d’un habit emprunté.


MONTVAL.

Eh ! qui brille aujourd’hui de sa propre clarté ?
Le monde n’offre aux yeux qu’une fausse lumiere ;
Et tout est charlatan, ou tout est plagiaire.
Comme chaque talent, songez que chaque état,
D’une main inconnue, emprunte son éclat.