Page:Borrelli - Les Dactyles, 1896.djvu/109

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Et des plumes volaient, molles, de tourterelle !
Et le tout vers la lune au zénith voyageait ;
Et ce qu’il en semblait devoir passer sur elle,
A mesure et de loin, la lune le mangeait.

Le reste prenait peur et s’écartait, livide ;
Et, sans que son front pur y fût jamais voilé,
Phœbé trônait là-haut, pâle reine du vide,
En un cercle idéal d’éther immaculé ;

Et d’énormes pans d’ombre, à sa lueur sereine,
Derrière toute chose au loin se prolongeant,
Endeuillaient la Nature, et cousaient une traîne
De velours d’un noir d’encre à sa robe d’argent.

A mes pieds, recoupé par d’étroites allées,
J’avais le champ des morts, très visible et désert :
Des cyprès y dressaient leurs cimes fuselées ;
La tombe apparaissait, sous un arbuste vert.

Au-dessus, au delà, d’abord vêtu de lierre,
L’aqueduc se levait au penchant du coteau,
Et puis il s’avançait, tout blanc, dans la lumière,
Nu, pareil au coureur qui jette son manteau.