Page:Borrelli - Les Dactyles, 1896.djvu/110

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Sur ses piliers géants à superbe envolée
Il allait devant lui, d’un pas égal et sûr,
Enjambant le ruisseau, le bourg et la vallée :
Bâti sur de la brume, il encombrait l’azur !

Et je m’émerveillais que, longtemps à l’avance,
La morte eût, en passant, d’un seul et doux regard,
Choisi pour y dormir, fille de la Provence,
Ce décor si romain, frère du Pont du Gard !

Plus à gauche, plaquant sur la clarté cendrée
Son immense halo, rose rompu de gris,
Une sorte d’aurore, au ciel réverbérée,
Emplissait l’horizon : c’est là qu’était Paris.

Qu’il était loin Paris, et son bruit, et sa fièvre !
Ici, le ver luisant éclairait les sillons ;
Et des coassements répondaient, de la Bièvre,
Au trille continu limé par les grillons.

Cela n’empêchait pas la paix d’être profonde,
Car l’homme n’y mêlait, tout au plus, que le bruit
Exténué, mourant de seconde en seconde,
D’un train, là-bas, là-bas, qui filait dans la nuit...