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CHAPITRE XIV.

une réponse satisfaisante ; enfin, quelque franc parleur, importuné, sans doute, par cette voix questionneuse, lui répliqua résolument : Remets-la au lieu où tu l’as prise. À cette réponse si simple, la borne fut replacée, famé obtint repos, et le voisinage s’en trouva bien[1].

L’apparition la plus renommée peut-être, en Normandie, est celle du Moine de Saire, personnage qui, par sa célébrité infernale, peut lutter avec Robert-le-Diable. Voici ce qu’on raconte de son histoire. Ce moine n’était pas soumis à la retraite claustrale ; mais il partageait avec son père une habitation située dans un plantureux et beau vallon, à l’extrémité duquel se trouve l’embouchure de la Saire. Un jour que le père était absent, un de ses tenanciers apporte une somme de cinq à six cents livres dont il était redevable. Le moine reçoit l’argent et renvoie le fermier, qui s’en fie à sa probité-Cependant, en vivant au milieu du monde, le moine avait contracté un amour prodigieux des richesses. Il ne peut voir, sans le convoiter, le petit trésor qui lui a été confié ; il le place en un lieu secret, et se promet, coûte que coûte, de ne point s’en dessaisir. Quelque temps se passe ; enfin, le père, impatienté de ne pas recevoir le revenu de son bien, adresse une demande au fermier qu’il croit son débiteur. Celui-ci proteste qu’il a payé entre les mains du moine, qui, de son côté, nie le fait à outrance. Enfin, le fermier exaspéré, défie son contradicteur d’oser prononcer sur lui-même cet anathème, en présence de son père : que le diable m’emporte dans la mer, si j’ai reçu l’argent. Le père, qui commence à douter au fond du cœur, engage son fils à ne pas trahir la vérité par un serment aussi redoutable ; mais celui-ci persiste dans son endurcissement, et répète la protestation blasphématoire qui lui a été dictée. À peine a-t-il achevé, qu’un bruit formidable se fait entendre : un être horrible, sur lequel les regards ont à

  1. Odolant Desnos, Descript. du départ. de l’Orne, p. 64. — L. Dubois, Annuaire statist. du départ. de l’Orne, 1809.