Page:Boucher de Perthes - De la misère.djvu/24

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culation ou le travail, que s’il thésaurise. Mais si c’est possible pour les métaux, cela ne l’est pas pour les denrées ; on n’enfouit pas les objets autres que l’or, et si un les dissipe c’est une consommation : là où tombent les miettes, des oiseaux, viennent pour les manger. Reste à savoir si les oiseaux qui comptent sur cette ressource, s’en trouvent bien et ne mangeraient pas mieux et plus sûrement ailleurs.

Le voisinage de la grande opulence ne produit donc point la misère par suite de l’opulence même, mais par son mauvais emploi, par la facilité qu’elle donne à vivre sans labeur, par les habitudes immorales et paresseuses qui en résultent ; enfin par ce gaspillage dont l’exemple fait perdre, même à ceux qui en profitent, toutes les idées d’ordre et d’économie.

Cela n’arrive pas quand la fortune est en mains dignes, quand elle est jointe à la modération, à l’humanité, à la raison. Un homme riche qui sait faire un bon emploi de ses richesses, n’est de fait que l’intendant de ceux qui ne le sont pas, et s’il dépense comme il le faut, c’est-à-dire s’il ne donne pas pour exempter de l’économie et du travail, mais pour y conduire, pour les faire naître et les maintenir, la misère ne doit pas apparaître où il habite. Si elle y vient, c’est sa faute, c’est qu’il entasse ou qu’il prodigue, c’est qu’il ne sait dépenser ni pour lui ni pour les autres, c’est qu’il abandonne beaucoup à celui-ci, rien à celui-là ; c’est qu’il agit sans discernement ; c’est qu’il ne laisse pas même les choses suivre leur cours naturel ; car s’il était seulement bien pénétré de ce double précepte, axiome de commerce, qu’on ne donne rien pour rien, et aussi qu’il ne faut exiger rien pour rien, s’il ne s’en écartait jamais et qu’il mît à chaque œuvre, à chaque service son prix réel, cela suffirait pour amener une répartition juste de son superflu et pour écarter la misère.

Et ceci, nous l’appuierons du calcul suivant :