Page:Boucher de Perthes - De la misère.djvu/29

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en Europe, la disette d’hommes valides est bien plutôt une cause de pauvreté, et l’ignorance ou la paresse plus encore que le défaut de bras.

La stérilité d’une partie des terres n’est pas une raison mieux fondée ; il est bien peu de terres stériles pour celui qui a la volonté de les faire produire. Si elles ne produisent pas, le commerce et l’industrie peuvent y suppléer, et, comme l’agriculture, maintenir l’abondance.

La misère des peuples, nous le voyons, tire donc moins sa source des causes physiques que des causes morales ; elle vient moins des localités que de la disposition des esprits, des habitudes qui en sont la suite, et surtout du défaut d’intelligence dans le travail. Cela est si vrai, que c’est toujours dans le pays réputés stériles et sans ressources, là où la masse de la population est misérable, que le spéculateur, que l’industriel étranger s’enrichit. Celui-là sait, par expérience, que quand le peuple est pauvre quelque part, c’est que probablement il n’a pas profité des moyens qu’il a d’y être riche. Sur cette seule donnée, il s’y porte ; et là, sans concurrent, seul clairvoyant, il a bientôt découvert un trésor ; et où tout le monde végétait depuis des siècles, il fait fortune en peu d’années.

Or, il n’aurait pu, dans un délai aussi court, la faire dans un pays riche et fertile, précisément à cause de sa richesse, de sa fertilité, qui, là comme ailleurs, ne surgissent que par l’industrie. Il n’y aurait été qu’industrieux comme un autre, il n’eût pas obtenu du sol plus qu’un autre, puisque chacun en tire tout ce qu’il peut en tirer ; il eût donc pu, comme les autres, y vivre dans l’aisance, mais il n’y eût pas amassé de richesses.

Et ceci ne se borne pas à l’agriculture ; le commerce et la fabrique offriront les mêmes chances de succès. Partout, quand ces moyens d’aisance ne sont exploités par personne, celui qui les aperçoit le premier en tirera, s’il les emploie bien, de grands bénéfices.