Page:Boucher de Perthes - De la misère.djvu/37

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tions sur les boissons, tout énormes qu’elles soient, couvrent à peine les frais d’assises. L’eau-de-vie est chez nous la compagne obligée de tous les vices, de toutes les fautes, de tous les forfaits ; il n’est pas un voleur, pas un assassin qui ne boive de l’eau de-vie, soit pour s’encourager au crime, soit pour en perdre le souvenir quand il l’a commis ; et partout la consommation des alcools par le peuple, fait la mesure de sa misère et de sa dépravation.

Si cette vérité démontrée jusqu’à l’évidence ne frappe pas l’autorité, si pour elle seule cela n’est pas visible, c’est qu’elle ferme les yeux, ou que sa raison est fascinée par ses préjugés fiscaux. « la consommation des liqueurs enivrantes est un des principaux revenus de l’État ; il faut donc qu’on en consomme le plus possible. Les infirmités, les décès sont un inconvénient, les crimes en sont un autre ; mais le déficit dans la caisse serait une calamité. » Voilà ce que dit la routine financière. Un jour viendra où la politique, en raisonnant plus humainement, calculera plus juste. Le premier devoir, le premier bénéfice d’un gouvernement est de préserver les gouvernés de tout mal, de tout poison, et surtout de tout crime ; il n’est pas plus permis de faire des bourreaux que des victimes. Les effets pernicieux des spiritueux seront, avec le temps, si généralement reconnus, que la loi les prohibera comme l’arsenic, et qu’on n’en pourra plus vendre qu’avec certificat du médecin. Je signale spécialement les alcools parce que les effets en sont beaucoup plus désastreux que ceux des liqueurs simplement fermentées. L’ivresse du vin, du cidre, de la bière, est moins meurtrière ; elle ruine moins vite le système nerveux ; l’exaltation qu’elle produit n’est ni aussi vive, ni aussi durable ; enfin l’abrutissement ou l’anéantissement des facultés morales est moins imminent et les suites moins promptement incurables.