Page:Boucher de Perthes - De la misère.djvu/50

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pour soutenir la concurrence, serait-ce encore une raison de les proscrire ? Est-ce l’intérêt d’une classe qui doit retarder l’avancement et le bien-être de toutes ? Et chacun n’est-il pas libre d’employer dans son travail et son industrie les moyens honnêtes qui peuvent les faciliter et les rendre productifs ? Repousser les machines de nos ateliers, c’est comme si l’on éloignait la charrue de nos champs. Certainement, en se servant de la bèche on occuperait dix hommes au lieu d’employer deux chevaux ; mais serait-ce chose raisonnable et utile ? Non, car si à la place d’une bèche, on donne à ces hommes un crochet, une pelle ou une houe, au lieu de dix il en faudra vingt, et quarante s’ils n’ont que leurs ongles. La charrue, la bèche, la pelle, la houe aussi, sont des machines. Or, point de milieu : tout ce qui facilite et hâte la besogne est nuisible ou bien est utile, et nulle différence pour le principe entre un semoir à un cheval qui fait l’œuvre de vingt semeurs, et une mécanique à vapeur de la force de vingt chevaux, qui fabrique autant que quatre cents hommes.

Songez que le pauvre comme le riche profite du bénéfice du perfectionnement. Si le vêtement qui lui coûtait 20 francs n’en coûte plus que 10, il a gagné 10 francs en ayant 10 francs de moins à dépenser. Appliquez la vapeur à l’agriculture, il y aura sans doute moins de garçons de charrues et de batteurs en grange ; mais si le pain qui revient à six liards la livre n’en coûte plus que trois, la misère ou la gêne de l’ouvrier aura diminué dans cette proportion ; et ainsi que nous l’avons fait remarquer, si le travailleur vit aussi bien en gagnant par jour 1 franc que s’il en gagnait deux, et s’il peut économiser la même somme, peu importe qu’il gagne 1 ou 2 francs ; le bénéfice est réellement le même.

Il est une cause de misère que nous aurions dû citer parmi celles qui sont imposées ou générales ; mais nous l’avons rapportée ici parce que c’est sur la carrière de l’artisan et spécialement sur son instruction comme