Page:Boucher de Perthes - Voyage à Aix-Savoie, Turin, Milan, retour par la Suisse.djvu/177

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avoir une place à me donner dans sa voiture où étaient déjà deux dames, le comte Boselli et lui. Puis, jugeant qu’il me serait impossible de trouver un moyen de transport et d’arriver à temps, il se ravise ; il fait monter les dames dont l’une était sa fille et l’autre la comtesse Boselli, se place au milieu sans trop s’inquiéter des crinolines, me fait asseoir en face avec le comte Boselli, et nous partons gaîment au grand trot.

Le ministre, qui peut avoir de quarante-cinq à cinquante ans, est grand, bien fait, de belle figure, très-distingué, parlant au mieux le français et raisonnant juste. Nous causons des affaires du jour et du marquis Giorgio Pallavicino-Trivulce.

Arrivés vers six heures trois quarts, nous entrons dans un salon où sont déjà quelques dames. La duchesse paraît bientôt. Elle est encore engraissée, mais toujours belle. Elle me fait un gracieux accueil. Nous causons du passé. Elle me présente ses deux fils, dont l’aîné est le duc Robert. Il avait trois à quatre ans quand je l’ai vu à Venise ; il doit aujourd’hui en avoir dix à douze. Il est blond, bien constitué, et a une figure intelligente. Son frère, plus jeune, lui ressemble. Ils sont élevés en enfants de famille, ayant la gaîté de leur âge, affables et pas grimaciers. J’en fais compliment à la duchesse en lui disant que je ne la plains plus, parce que Dieu lui a fait un don bien autrement enviable que tous les royaumes du monde : une belle et bonne famille.

Elle regrette que je ne voie pas ses filles, de la beauté desquelles elle est fière. Elle en a deux. Je les avais vues à Venise. Ce sont les aînées. Elle les a mises en pension à Bregens, petite ville du Tyrol autrichien, sur