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truite, une population ouvrière propriétaire, car nous possédons la terre canadienne qui produit la pulpe, et beaucoup d’individus, voués dans d’autres conditions à l’obscurité, seraient bientôt en état de conduire eux-mêmes des fabriques dont ils seraient les gérants et les propriétaires.

C’est là un exemple entre plusieurs, que nous citons pour expliquer notre pensée. Nous pourrions en citer bien d’autres. L’une de nos industries les plus importantes sans aucun doute est l’industrie érablière qui n’a guère fait de progrès depuis deux cents ans. De ce chef seul que de richesses perdues ! Pourtant, là aussi nous possédons un véritable monopole et des ressources incalculables qui restent inexploitées pour la seule et unique raison que nous ne savons pas les faire valoir.

Pour peu qu’on réfléchisse à ces questions, l’on reste vraiment ébloui par les horizons qui s’ouvrent au regard. L’on reste confondu aussi devant l’apathie du public en face de pareilles vérités. Le docteur Grant, principal de l’université de Kingston, un savant distingué, ayant à faire un travail sur les ressources naturelles du Canada et sur le succès d’un homme qui les avait quelque peu exploitées dans la région du Sault Ste-Marie, a dû sortir du réel et chercher une comparaison dans la mythologie. Il intitule son étude « Le Jason de l’Algoma ». Mais la toison d’or n’est rien près des richesses de cette contrée exploitée par M. F. H. Clergue, le Jason moderne. Celui-ci ayant établi une pulperie au Sault Ste-Marie, cherchait du soufre pour traiter la pulpe. Il se garde bien d’en importer de Sicile, il en cherche sur les lieux mêmes, et il trouve assez de nickel pour approvisionner le monde pendant 100,000 ans et du cuivre en quantité inépuisable ! Mais il ne cherche que du soufre et il sait que d’après les méthodes connues il est impossible de l’extraire du minerai de nickel. Cela ne l’inquiète pas. « Il réunit une centaine d’hommes scientifiques et pratiques de toutes les parties du monde et il résoutavec succès le problème de l’extraction de l’acide sulfureux du minerai pyrrhotite. » Cela paie-t-il de s’occuper des produits secondaires. Il semble presque comique de le dire, mais le produit secondaire du soufre en ce cas se trouva être un alliage de nickel et d’acier tellement supérieur à tout ce qui était jusqu’alors connu que les Essen et les Krupp d’Allemagne lui achetèrent d’avance tout ce qu’il pourrait produire pendant cinq ans. Cela donna lieu à l’érection d’une autre immense usine. Bien plus, son minerai étant trop riche en nickel, il lui fallut trouver du fer pour y mêler. Il le trouva bientôt. Il en consomme actuellement 500 tonnes par jour dans son usine, sans compter ce qu’il exporte. Comment expliquer ce succès extraordinaire qui découvre dans un désert et presque instantanément tout ce qui est nécessaire à plusieurs grandes industries. « Entrez, dit M. Grant, dans le laboratoire bien aménagé du Sault Ste-Marie, et vous aurez l’explication immédiatement. Un grand nombre de jeunes savants sont là occupés à examiner, classifier et étiqueter chaque