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LES AMOURS DE LANCELOT DU LAC

Il partit dès le lendemain et chevaucha tant qu’il parvint au château de Galore. Galehaut campait devant la forteresse avec son armée qu’il avait retranchée derrière des réseaux de fils de fer, et il avait amené, outre ses chevaliers, une grande quantité de gens de pied, armés d’arcs et de flèches venimeuses. Mais, quand il apprit que le roi Artus était venu avec si peu de monde, il songea qu’il n’y aurait pas d’honneur à guerroyer contre un adversaire si faible et à conquérir une terre si pauvrement défendue. Aussi manda-t-il au roi qu’il lui ferait trêve pendant un an pour lui permettre de réunir toutes ses forces : après quoi leurs chevaliers s’assembleraient en un grand tournoi. Le roi Artus s’émerveilla d’une telle courtoisie, et il envoya des messagers dans toutes les parties du royaume de Logres.

Le lendemain soir, on vit arriver à Galore un homme grand et vigoureux, les épaules larges, les poings maigres et veineux, les cheveux rudes, les yeux gros et brillants, l’allure fière et le visage plein de cicatrices, comme le corps en maints lieux qui ne se voyaient point. C’était un ancien chevalier, nommé Nascien, cousin germain par sa mère de Perceval le Gallois dont le conte devisera tout à loisir plus avant, descendant du lignage de Joseph d’Arimathie dont les dix-sept fils illustrèrent la terre de Bretagne, et parent du roi Pellès le riche Pécheur. Et il avait