Page:Boulenger - Romans de la table ronde II, 1923.djvu/77

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
67
LE ROI SEMONCÉ

été l’un des meilleurs chevaliers du monde au temps du roi Uter Pendragon et de la jeunesse du roi Artus. Puis, ayant laissé la chevalerie, il s’était fait hermite, et Notre Sire avait mis tant de grâce en lui qu’il devint prêtre chantant messe, et qu’il demeura vierge et chaste tant qu’il vécut.

Quand le roi apprit son arrivée, il en fut très réconforté, et ce lui fut avis que Dieu lui envoyait secours. Il vint à la rencontre de Nascien ; mais le prud’homme lui dit sans lui rendre son salut :

— Je n’ai cure de ton salut, et je ne l’aime pas, car tu es le plus vieux pécheur de tous les pécheurs. Tu dois savoir que c’est de Notre Sauveur lui-même que tu tiens ta seigneurie, et il te la bailla pour que tu lui en susses bon gré. Pourtant, tu ne laisses pas venir à toi le pauvre et le faible, et le droit des veuves et des orphelins dépérit, tandis que tu honores les riches et les déloyaux.

— Beau doux maître, dit le roi, si j’ai méfait, conseillez-moi.

— Tu dédaignes les bas gentilshommes de ta terre, et pourtant le royaume ne peut être maintenu si les petites gens ne s’y accordent : aussi ceux-là, quand ils viennent à ton aide, c’est par force : mais ils ne te sont pas plus utiles que s’ils étaient morts, car tu n’as pas leur cœur, et corps sans cœur n’a nul pouvoir.