Page:Bourdeau - Tolstoï, Lénine et la Révolution russe.djvu/27

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même : ceux qui ne le sont pas ont le plaisir. « Chacun cède ainsi à son penchant de nature :

Trahit sua quemque voluptas.

Certes, la vertu occupe le premier rang dans la hiérarchie de ces fins variées et opposées, bienfaisantes ou malfaisantes, que poursuivent les hommes. Renan incline toutefois à l’extrême indulgence, et fait dire à l’un des personnages de ses drames philosophiques, parlant des gens du peuple : « Ils ne sont bons que quand ils sont ivres. » Ils peuvent être aussi très méchants. Tolstoï ne voyait jamais un homme ivre sans quelque sympathie et quelque attendrissement, mais il flétrissait l’alcoolisme qui désolait la Russie, Ses brochures de propagande antialcoolique, notamment son drame le Premier Distillateur, préparèrent la nation à accepter la suppression de l’eau-de-vie, la meilleure réforme de Nicolas II.

De même que les excitants et les stupéfiants, Tolstoï condamne les passions de l’amour. Dans l'âpreté et la rudesse de la Sonate à Kreutzer, on a peine à reconnaître le peintre si délicat des aimables ligures de femmes et de jeunes filles de ses première romans. Les élégantes de la haute société sont assimilées aux prostituées, et celles-ci réhabilitées quand elles ont été victimes de la séduction et de la misère. On ne peut approuver, selon Tolstoï, une vie de