Page:Bourdeau - Tolstoï, Lénine et la Révolution russe.djvu/28

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célibat chez ceux qui sont mûrs pour le mariage indissoluble ; et la maternité prolifique est une loi qui ne doit pas être transgressée. Quiconque regarde une femme avec concupiscence a déjà commis l’adultère. L’amour même entre époux est condamné comme coupable. Finalement, Tolstoï incline à la chasteté absolue, à l’ascétisme conjugal : contradiction surprenante chez un patriarche qui n’eut pas moins de treize enfants. (Quelle est ma croyance, que devons-nous faire ?)

Tolstoï dénonce, avec Rousseau, l’art sensuel et corrupteur, la musique profane qui, malgré lui, le charme, et dont, non sans rechutes, il a grand’peine à se priver : il met les chants populaires bien au-dessus de Beethoven ; il répudie Shakespeare, dont l’œuvre manifeste une parfaite indifférence au bien et au mal. Or la mission de l’art est d’abattre le mur d'égoïsme qui sépare les hommes. Au lieu de s’adresser aux privilégiés de la fortune et de l’esprit, de flatter leurs goûts voluptueux, de ne songer qu’au succès, que les littérateurs et les artistes viennent donc apporter à l’immense majorité du peuple la nourriture spirituelle dont il a besoin. Un ouvrage n’a de valeur que s’il est intelligible à la masse. Tolstoï cesse de s’adresser à l’élite, au désespoir de Tourguénef à son lit de mort. Il va créer une littérature populaire de récits et de légendes, contes, histoires symboliques, où il saura éclairer son peuple, parler