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LA VIE DE FAMILLE

tenant ici comme professeur. Enfin j’ai fait la connaissance du docteur Jackson, qui a découvert les effets somnifères de l’éther sur le corps humain, et a reçu à cette occasion une médaille de notre roi Oscar ; il nous l’a montrée. Jackson a fait cette découverte par un hasard qu’il nous a raconté. Je le félicitai d’être devenu ainsi l’auteur d’un bienfait inestimable pour des millions d’êtres souffrants.

J’ai quitté Concord accompagnée par ce docteur ; il est le frère de madame Émerson. Mais cette ville, avec son paysage neigeux, son ciel bleu et clair, ses habitants, ses transcendentalistes, — tout ce que j’ai éprouvé, entendu, vu à Concord, et surtout son sphinx (nom que Marie Lowell donne à Émerson), ne s’effaceront pas de ma mémoire : ils forment en moi une sorte de région alpestre des plus fascinantes pour mon esprit. J’aspire à les revoir encore une fois, comme on désire revoir un pays natal.

Hier au soir, en revenant ici, j’ai trouvé Marcus, venu à Boston pour affaires. J’éprouvai une joie cordiale en revoyant ce bon, cet excellent ami. Après avoir causé un moment avec lui et M. Sumner, je me rendis avec Marcus à la conversation finale d’Alcott, où l’on traita plusieurs questions curieuses et relatives au régime et à son importance pour l’humanité. Alcott soutint que tous les grands et saints législateurs des races humaines s’étaient surtout abstenus de toute nourriture animale. Quelqu’un dit que le Christ avait mangé de la viande. Un autre répliqua qu’on ne pouvait pas le prouver. Un troisième ajouta qu’il avait au moins mangé du poisson. Alcott soutint qu’on ne pouvait en fournir la preuve, et je dis que c’était écrit. D’autres se joignirent à moi. « N’importe, dit Alcott avec un air de dignité, je sais ce qui vaut mieux que de manger du poisson. » Décidément Alcott boit trop d’eau et n’engendre