Page:Buies - Anglicismes et canadianismes, 1888.djvu/48

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quotidiens qui sont tous autant de causes de dissolution ? Ce serait miracle qu’il en fût autrement. Mais de là à conclure qu’il faut laisser sottement les choses aller comme elles vont, sinere res vadere ut vadunt, il y a un abîme que je suis déterminé pour ma part à franchir, et que je veux déterminer mes compatriotes à franchir avec moi. Si nous succombons à la tâche, eh bien ! nous succomberons : mais ce ne sera pas sans un suprême effort, et s’il nous faut faire entendre le « finis Canadae français, » que ce soit, comme Koskiusko, les armes à la main.


Hélas ! nous avons perdu le génie de la langue française ; mais est-ce à dire que nous ne devons pas chercher à le retrouver, quand il est temps encore et quand nous le pouvons, si nous voulons nous mettre à la tâche ? Jusqu’à présent, c’est l’absence de critique qui a été l’un de nos pires ennemis, conjointement avec cette habitude bête, pernicieuse au dernier point, de farcir les gens de louanges épaisses pour les plus petits succès, pour les moindres mérites. Cette absence de critique et cette flagornerie pâteuse ont fait naître chez nous d’incroyables et d’insupportables prétentions. Il n’est personne par exemple qui ne se croie écrivain, parce qu’il n’y a personne pour lui dire qu’il l’est au même titre qu’un maréchal ferrant ou un