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VOYAGES

comme j’avais demandé dans ma première dépêche qu’on m’envoyât un mandat par télégraphe, et qu’il y avait déjà quatre jours depuis lors, j’avais quelques raisons de ne plus espérer. — Autre chose : en supposant qu’on m’eût envoyé une lettre de change, je n’aurais pu en toucher le montant sans faire constater rigoureusement mon identité. Oh ! les gens de l’ouest sont féroces sur ce point, et ils ont bien raison, car ils habitent un pays où toutes les précautions sont utiles. Ils ne vous admettent en affaires que lorsque votre identité est certifiée par quelque personne connue ; les meilleurs papiers du monde ne vous serviraient de rien, car qui peut affirmer qu’ils sont authentiques ? Comme j’étais le plus étranger des hommes dans Omaha, je n’aurais pu en aucune façon me faire reconnaître pour Arthur Buies, chroniqueur, voyageur spasmodique, que le sort a fait par ironie seigneur et pour tout de bon bohême incurable.

Or, pendant que je me désespérais, mes amis avaient songé à tout cela ; ils s’étaient informés, et après tous renseignements pris, ils avaient convenu de faire un dépôt dans une agence commerciale, laquelle télégraphierait à une agence semblable à Omaha de livrer cent dollars en or à la personne qui viendrait les réclamer dans certaines conditions bien définies. Mais pour le moment j’ignorais tout cela, et les malheurs répétés avaient fini par m’enlever la confiance aussi bien que l’espoir. Avant de renoncer à tout, je résolus d’envoyer un nouveau télégramme, un télégramme pressant, suppliant, qui