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VOYAGES

et on l’enterrait ce matin là même ; tous les bureaux étaient déserts en son honneur et les banques fermées. Enfin, à midi, mon jeune homme parut. Je me précipitai au devant de lui : « Je n’ai pas encore d’argent, me dit-il, revenez à une heure et demie. »

— Comment ! vous n’avez pas d’argent, m’écriai-je ; qu’est-ce que cela signifie ? Voulez-vous vous jouer de moi ? Remarquez que je veux absolument prendre le train aujourd’hui à trois heures, et que je vous tiens responsable de tous les délais. — Le chef du bureau m’a laissé sans un sou, répliqua-t-il, je n’ai en ma possession que trois chèques à ordre représentant exactement le montant qui vous revient ; il faut les faire styler au porteur pour pouvoir les négocier dans une banque et j’ai en vain cherché leurs signataires toute la matinée ; ils doivent être absents. Enfin, revenez à une heure et demie, j’espère que j’aurai alors réussi à les trouver. »

À une heure et demie précises j’étais de retour : « Mon argent, mon argent, m’écriai-je d’une voix terrible ; il me le faut de suite, je n’ai plus qu’une heure devant moi ; l’omnibus quitte l’hôtel à deux heures et demie juste, c’est le dernier délai que je vous accorde. — Je n’ai pu trouver personne encore, répondit le jeune homme avec une espèce de honte mêlée de crainte. — Ah ! vous n’avez pu trouver personne ; eh bien ! je vais les trouver, moi, vos faiseurs de chèques ; venez avec moi de suite, je l’exige »……… Et je l’entraînai violemment au bas de l’escalier qui menait à son bureau. Nous allâmes au pas de course chez les trois signataires en question ; tous trois étaient absents.