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VOYAGES

d’heure s’était passé ; je n’avais pas le temps d’aller chez le troisième signataire, et plutôt que de ne pas partir immédiatement, j’aurais préféré être rôti vif.

J’entraînai avec moi le commis de Bradlaugh tout essoufflé, tout hors de lui, presque pris de vertige. — Nous arrivâmes à l’hôtel ; mon compte était fait d’avance avec une réduction d’un dollar par jour, ce qui ne m’empêchait pas d’avoir encore à payer une note fort-respectable. Je m’entendis avec le propriétaire qui devait toucher pour moi, dès le lendemain, le montant du troisième chèque et me l’expédier à Détroit où j’attendrais quelques jours. Je partis tambour battant dans un cab retenu à tout hasard, et j’arrivai à la gare au moment même où la locomotive sifflet ; je n’eus que le temps de jeter ma malle dans le compartiment des bagages et de sauter dans le premier car venu. La sueur m’inondait des pieds à la tête et j’avais le gosier comme un étau chauffé à blanc : heureusement que le train arrêtait à trois milles plus loin, de l’autre côté du Missouri, à Council Bluffs, et que, là, j’aurais le temps de me désaltérer et me remettre de tant d’émotions violentes.

Maintenant, je veux faire connaître un détail curieux, qui en vaut la peine, et que l’entraînement du récit m’a forcé d’omettre.

On se rappelle qu’il y a trois lignes de chemins de fer d’Omaha à Chicago. Les trains de ces lignes partent à la même heure, sans s’éloigner de beaucoup les uns des autres. La concurrence qu’elles se font est acharnée, ingénieuse,