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VOYAGES

fertile en ressources de toute espèce ; elles ont des agents qui parcourent sans cesse les hôtels et qui s’adressent directement aux voyageurs pour leur vendre des tickets. Les propriétaires d’hôtel les mettent au courant de tous les départs et de toutes les destinations sans avoir de préférence pour aucune des lignes ; c’est aux agents de persuader les voyageurs. Or, l’un d’eux, celui du Rock Island company, avait appris le matin que je devais partir ; un passager pour le Canada, ça ne se voit pas tous les jours dans ces parages. Il accourut à moi, me sollicita, m’attira, me convainquit que je devais m’en retourner à Chicago par le Rock Island R. R. Il fit tant que je le suivis jusqu’au bureau de sa compagnie pour prendre mon ticket et retenir mon lit, mais je n’avais pas encore un sou en ce moment là : « It is all right, me dit l’employé du bureau en me remettant mes tickets, notre agent se rend lui-même sur le train tous les jours et accompagne jusqu’à Council Bluffs, pour veiller à leurs bagages et les renseigner, les voyageurs qui nous font l’honneur de passer par notre voie. »

Ainsi donc, je me trouvais nanti d’un ticket de voyage et d’un lit dans le Pullman, sans qu’il m’en coûtât rien, libre de tous mes mouvements et pouvant m’échapper dans une autre direction, s’il m’avait plu de le faire. Chose à remarquer. Je vis l’agent dès le départ du train ; il passa devant moi peut être vingt fois, jetant un coup-d’œil de-ci, de là, voyant à tout, ne me disant pas un mot, ayant l’air d’avoir autre chose à faire chaque fois que je m’approchais de lui pour le payer, enfin, ne se laissant approcher qu’à Council Bluffs même, après avoir vu à tous les détails, comme si le paiement des billets était le dernier objet dont s’occupât la compagnie qu’il représentait.

C’était très-fort, en vérité très-fort, et archi-yankee.