Page:Buies - La presse canadienne-française et les améliorations de Québec, 1875.djvu/16

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pressément évangélique, je ne dis pas catholique, car c’est trop difficile aujourd’hui… il paraît qu’il n’y a plus que cinq catholiques dans tout le Bas-Canada, à peine assez pour sauver Gomorre, mais à coup sûr pas assez pour sauver toute une province.

On voit de temps à autre des spectacles hideux. L’agonie elle-même n’est plus sacrée ; pour une certaine presse, les souffles du moribond sont trop lents pour son impatience féroce ; elle entre effrontée, agressive, jusque dans la chambre que la mort elle-même respecte ; jusque sur le lit de douleur d’un homme aimé et respecté de tous, elle fait le sauvage dépouillement d’une succession politique, en appelant cela des prévisions ou des combinaisons, comme si le lecteur pouvait se tromper à des mots pareils, comme si le croassement du corbeau pouvait porter un autre nom. [1]

Est-ce là le spectacle qu’offre la presse anglaise ? La voyez-vous descendre à de pareilles indignités ? Non, non, dans les journaux de cette presse on trouve de quoi s’instruire et de quoi se nourrir ; dans les nôtres, c’est tout le contraire.

Rappelons-nous toujours qu’il y a des exceptions, mais pensez-vous que si la plupart de nos rédacteurs avaient cette bonne éducation d’abord, qui fait l’honnête homme, et une instruction sérieuse, ils ne rougiraient pas tout les premiers de la langue dont ils font usage et des misérables objets qu’ils offrent à l’attention publique ? Pensez-vous que s’ils étaient capables d’aborder les questions du jour et de les discuter, ils ne laisseraient pas de côté toutes les misères et les platitudes qu’ils nous servent ? L’homme qui a une instruction solide et variée, estime trop ce bien-

  1. Allusion aux calculs d’un journal conservateur faits en prévision de la mort de l’hon. M. Geoffriou, ministre fédéral.