Page:Buies - Lettres sur le Canada, étude sociale, vol 2, 1867.djvu/17

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IV

Que dirai-je maintenant de l’éducation des jeunes filles ? même, même chose partout. Le couvent remplace ici le collége ; les principes et le but sont identiques. Mais comme les femmes sentent plus qu’elles ne raisonnent, et qu’elles ont cet avantage sur nous de sentir mieux que nous ne raisonnons, elles peuvent ainsi mieux juger des choses. Mais en revanche, la vie claustrale, le régime abstrait des maisons religieuses, leur séparation complète du dehors, la compression des élans ou leur absorption dans l’inflexibilité de la règle, contribuent beaucoup à leur donner une timidité excessive et des idées inexactes.

Je parle ici de la jeune fille des villes, de celle qui reçoit une instruction quelconque ; car il est bien entendu qu’à la campagne, c’est autre chose ; et malgré que je ne connaisse presque pas de paroisse où il n’y ait un couvent, richement construit par les habitants de cette paroisse, cependant, j’en suis encore à trouver, parmi toutes leurs élèves, une seule qui ait appris autre chose qu’à lire, et à écrire incorrectement le français.

L’instruction qu’on reçoit dans ces couvents est pitoyable. J’ai assisté à un examen public de l’un d’eux à quelques milles de Québec. On a fait épeler pendant une heure ; la deuxième heure, toutes les élèves, grandes et petites, se réunirent et chantèrent en chœur les chiffres, un deux, trois, jusqu’à neuf ; la troisième heure, les grandes déclamèrent des prières, et les petites chantèrent des cantiques ; après cela, la Supérieure annonça aux parents que l’examen était fini, et les parents s’en allèrent pleins d’orgueil d’avoir des enfants si instruits et si capables de subir cette difficile épreuve.

Venons maintenant à la jeune Canadienne au sein de sa famille, dans ses relations avec le monde, affranchie du couvent, et telle que la font ses mœurs, son entourage, ses liaisons, ses habitudes.

Élevée dans une grande liberté d’elle-même, la Canadienne a cependant un fonds de principes solides qu’elle n’abandonne jamais, et dont elle fait la règle de sa conduite. Elle laisse peu de place à l’empire des passions sur le jugement ; elle songe de bonne heure à avoir une famille à diriger, et elle se forme sur l’exemple de sa mère. C’est ce qui fait qu’elle possède à un si haut degré toutes les vertus domestiques. Même dans l’âge des illusions elle est quelque peu soucieuse, et ne s’abandonne pas à un penchant sans le raisonner beaucoup et de bien des manières ; et si elle voit qu’elle a