Page:Buies - Québec en 1900, conférence, 1893.djvu/6

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.

6
québec en 1900

I

Pendant que le conflit de races s’accentuait de plus en plus dans la province de Québec, la Compagnie du Chemin de fer du Lac Saint-Jean faisait de la tolérance en action. — C’est l’union des deux éléments, français et anglais, qui a accompli cette merveille de persévérance, de ténacité et de prévision. Les gens de la Compagnie ont vu clairement au fond des choses et devant eux, et pendant que tout le monde les accusait de ne vouloir rien autre que de construire une ligne qui leur permît d’exploiter les riches forêts des Laurentides, eux, tranquillement, sourds aux commérages, avançaient toujours en tournant les montagnes, traversaient bientôt la chaîne entière, cette chaîne redoutable dont on peut voir de la ville même commencer et se prolonger indéfiniment sous le regard l’énorme marée de caps et de monts qui semble monter de plus en plus vers le ciel. Bientôt même et pour ainsi dire silencieusement, ils avaient laissé loin, bien loin derrière eux les premiers contreforts des Laurentides, et toujours comme en se glissant, ils avaient atteint le lac Édouard, qui en est le point culminant, plus d’à moitié chemin entre Québec et le lac fameux qui, jusqu’alors, n’avait été qu’une légende. Un an plus tard, la légende elle-même était atteinte, et les rives silencieuses, les rives encore si sauvages, si désertes du lac St-Jean entendaient le cri triomphant de la locomotive.

Et maintenant cette locomotive et les wagons qu’elle entraîne à sa suite, comme des captifs enchaînés les uns aux autres, dociles et courant aveuglément derrière elle, va faire retentir ses bruyants appels jusqu’au port de Chicoutimi, à,