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sur les grands lacs

tante, et répandent un masque d’horreur sur la nature agonisant à leurs pieds. Cette forêt décharnée, grelottante, qui plonge dans ses propres cendres ses racines encore vivaces, semble crépiter et craquer encore, comme si l’ardente flamme, réfugiée dans ses troncs, la dévorait mystérieusement ; on dirait de loin une armée confuse de squelettes, restés debout dans la mort et brandissant sans relâche toute espèce de tronçons d’armes et de hampes de drapeaux déchiquetés.

Le côté sud, formé par les îles et qu’on longe de très près, se voit distinctement. L’île Saint-Joseph, par exemple, longue de quinze milles et large d’à peu près autant, présente des contours harmonieux et semble former un arc parfait. On y remarque un certain nombre de petits défrichements, des "loghouses" ça et là disséminées, et d’épais rideaux d’arbres, dont le vert tendre caresse le regard et fait un contraste heureux avec l’aspect sévère, rugueux et réfractaire de la côte nord. L’île Saint-Joseph, grâce à sa grande largeur, oblige le lac Huron à un rétrécissement subit, et nous allons maintenant continuer notre route dans un chenal extrêmement varié et sinueux, dont les rives se rap-