Page:Burnouf - Méthode pour étudier la langue latine, 1843.djvu/207

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Dulce satis humor, Virg. (l’humidité est chose douce pour les semences = est favorable aux semences). — Triste lupus stabulis, maturis frugibus imbres, Virg. (le loup est chose triste pour les bergeries, l’orage pour les moissons déjà mûres = est funeste aux bergeries). Cette construction, assez fréquente chez les poëtes, est fort rare en prose.

Rem. Il est facile de voir que, dans ces deux exemples, l’adjectif neutre devient une sorte de substantif, puisqu’il renferme en lui-même l’idée de chose, idée attachée, comme nous l’avons déjà dit, aux désinences um et e ; le seul mot que l’on pût sous-entendre, ce serait aliquid ; encore cela n’est-il pas nécessaire. Les adjectifs à une seule terminaison, comme prudens, fallax, ne sont jamais employés de cette manière, parce que rien n’y distingue le neutre des deux autres genres.

§ 239. adjectifs se rapportant a plusieurs substantifs.

Quand le même adjectif qualifie ou détermine plusieurs substantifs, et qu’il s’applique à chacun séparément, on peut ne l’exprimer qu’une fois, et alors on le fait très-souvent accorder en genre et en nombre avec le nom le plus voisin.

Romanis cuncta maria terræque patebant, Sall. (toutes les mers et toutes les terres étaient ouvertes aux Romains) ; cunctæ est sous-entendu avec terræ.

Invidi virtutem et bonum alienum oderunt, T. Liv. (les envieux haïssent la vertu et les bonnes qualités d’autrui) ; alienam est sous-entendu avec virtutem ; il n’eût pas été bien de dire virtutem et bonum aliena.

Rem. Il est important de remarquer que ces adjectifs ne sont pas attribut. S’ils étaient attribut, ou même s’ils formaient apposition, ils suivraient les règles établies § 208, III : Labor voluptasque, dissimillimă naturā, societate quadam inter se naturali sunt junctă, T. Liv. (la peine et le plaisir, très-différents par leur nature, sont unis cependant par une sorte d’alliance naturelle) ; dissimillima est au pluriel neutre par apposition (choses très-différentes) ; juncta y est comme attribut.

§ 240. verbe ESSE considéré comme attributif.

1. Jusqu’ici nous avons considéré le verbe être comme simple lien servant à unir l’attribut au sujet (Deus est sanctus) ; mais il peut aussi contenir en lui-même l’idée de l’attribut, comme tout autre verbe : Deus est (il est un Dieu, Dieu existe) ; omnes