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LE GEÔLIER DE SOI-MÊME.


frédéric.

Quoi ! décidément vous voulez ma perte ?


hélène.

Oui ! et ce n’est pas assez pour punir vos mépris.


frédéric.

Eh bien ! puisque rien ne peut toucher votre cœur, je vous laisse.

Il sort.

hélène.

Il a beau fuir, il ne m’échappera pas. On ne sait pas jusqu’où peut atteindre la vengeance d’une femme offensée.


Entrent LE ROI et SÉRAPHINE.

séraphine.

Daignez, sire, soulager ses ennuis.


le roi.

Je suis combattu entre deux sentimens contraires : je voudrais d’un côté punir le meurtrier de don Pèdre, et de l’autre je voudrais sauver ma fille.


hélène.

Sire, daignez m’écouter. Il est bon que vous connaissiez toute l’étendue de votre malheur, et quel est l’amour de l’Infante.


le roi.

Je sais, Hélène, tout ce que vous pourriez me dire, et ce que vous pourriez me dire n’aurait d’autre résultat que de m’affliger inutilement. Je sais que, sans égard pour moi, Marguerite s’est éprise d’un traître.


hélène.

Eh bien ! puisque vous savez tout, remédiez au mal. Il en est temps, ne tardez pas. Souffrirez-vous que l’infante épouse un traître, un meurtrier, alors que mon sang, — qui est aussi le vôtre, — demande vengeance ?

Elle sort.

le roi.

Grand Dieu ! quelle situation délicate ! comment satisfaire en même temps à Marguerite et à Hélène ? comment les contenter toutes deux, lorsque l’une désire sa vie, et que l’autre sollicite sa mort ?… Mais faisons droit à la demande de Marguerite ; ainsi l’exige le bien de mon royaume. Le ressentiment d’Hélène se calmera peu à peu.


Entre LE CAPITAINE.

le capitaine.

Apprenez, seigneur, ce qui se passe. L’infant Édouard de Sicile marche aujourd’hui sur Naples à la tête d’une nombreuse armée, et tout son royaume est prêt à le suivre. Il a juré de délivrer le prince son frère.