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LES BELLINI.

mandée à Giovanni par Sigismond Malatesta (avant 1468). Cette commande, n’implique pas nécessairement un déplacement de l’artiste. Dès cette époque, les œuvres d’art vénitiennes s’exportaient par l’Adriatique jusqu’en Apulie, et les amateurs avaient, à Venise, des correspondants par l’intermédiaire desquels se traitaient leurs affaires. La même remarque s’applique, sans doute, au fameux retable de Pesaro, destiné à l’église San Francesco de cette ville. Rappelons-nous que Giovanni travaillait, en 1470, à la décoration de la Scuola di San Marco et qu’en 1479 il succéda à son frère comme restaurateur des fresques de la salle du Grand Conseil. Il est donc peu probable qu’il ait pu trouver le loisir de s’absenter vers cette époque.

Dans ce retable (p. 89), représentant le Couronnement de la Vierge, Giovanni rompt nettement avec la tradition du polyptyque mise en honneur par les Vivarini. Saint Paul et saint Pierre, saint François et saint Jérôme, au lieu d’être renfermés dans des compartiments distincts, se trouvent debout, à droite et à gauche du trône central. C’est un pas décisif vers la « Sainte Conversation ». Il est probable que Giovanni fut précédé, dans cette voie, par Antonello de Messine qui, dans sa célèbre pala de San Casciano, peinte à Venise, en 1475, adopte la même disposition.

Bartolommeo Vivarini, dans sa Madone du musée de Naples (1469), avait d’ailleurs déjà supprimé, plusieurs années auparavant, les compartiments séparant les Saints du trône de la Vierge.