Page:Campan - Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette, tome 1.djvu/202

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éloigne les jugemens sains et réfléchis. Elle se promit bien de ne plus entendre de lectures. Cependant, à la sollicitation de M. de Cubières, écuyer du roi, la reine consentit à se faire lire une comédie de son frère. Elle avait réuni son cercle intime : MM. de Coigny, de Vaudreuil, de Besenval, et mesdames de Polignac, de Châlon, etc. ; et pour augmenter le nombre des jugemens, elle admit les deux Parny, le chevalier de Bertin[1], mon beau-père et moi. Molé[2] lisait pour l’auteur. Je n’ai jamais pu m’expliquer par quel prestige cet habile lecteur fit généralement applaudir à un ou-

    de voir toute la cour approuver des vers dans lesquels le connétable ambitionne surtout :

    « Le plaisir peu goûté d’humilier un roi. »

    M. le chevalier de Narbonne fit à cette occasion des couplets parmi lesquels on remarque celui-ci :

    Le connétable me plaît fort ;
    Comme on y rit ! comme on y dort !
    C’est une bonne pièce,
    Eh bien,
    Qu’on joue à nos princesses,
    Vous m’entendez bien.

    (Note de l’édit.)

  1. Le chevalier de Parny était déjà connu par ses poésies érotiques ; le chevalier de Bertin par des vers estimés.
    (Note de madame Campan.)
  2. Acteur qui a fait pendant trente ans les délices du Théâtre-Français, avant Fleury et dans le même emploi.
    (Note de madame Campan.)