Page:Campan - Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette, tome 1.djvu/203

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vrage aussi mauvais que ridicule. Sans doute que l’organe enchanteur de Molé, en réveillant le souvenir des beautés dramatiques de la scène française, empêcha d’entendre les pitoyables vers de Dorat-Cubières. Je puis assurer que les mots charmant ! charmant ! interrompirent plusieurs fois le lecteur. La pièce fut admise pour être jouée à Fontainebleau ; et, pour la première fois, le roi fit baisser la toile avant la fin de la comédie. Le titre en était le Dramomane ou le Dramaturge. Tous les personnages mouraient empoisonnés par un pâté. La reine, très-piquée d’avoir recommandé cette ridicule production, prononça qu’elle n’entendrait plus de lecture ; et cette fois elle tint parole.

La tragédie de Mustapha et Zéangir, de M. de Chamfort, obtint le plus grand succès à Fontainebleau, sur le théâtre de la cour ; la reine fit accorder une pension de douze cents francs à l’auteur, mais la pièce tomba lorsqu’elle fut donnée à Paris.

L’esprit d’opposition qui régnait dans cette ville aimait à infirmer les jugemens de la cour ; la reine prit la résolution de ne plus accorder de protection marquée aux nouveaux ouvrages dramatiques ; elle réserva son appui aux seuls compositeurs de musique, et en peu d’années cet art parvint à une perfection qu’il n’avait jamais eue en France.

Ce fut uniquement pour plaire à la reine que l’entrepreneur de l’Opéra fit venir à grands frais,