Page:Caouette - Le vieux muet ou un Héros de Châteauguay, 1901.djvu/23

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Il est vraiment beau de voir s’élancer, tête nue, sous le feu des éclairs, ce brave colosse qui risque sa vie pour sauver celle de ses semblables !

Mais c’est une tâche d’une exécution quasi impossible que cet homme vient de s’imposer ! Car le vent, soufflant dans la direction du sud, repousse le canot à mesure qu’il avance !

Les vagues s’élèvent à une hauteur effrayante, et quand le canot arrive à leur crête, on dirait qu’il va sombrer dans le gouffre !

La distance à franchir est d’environ quatre arpents.

À la puissance et à la fureur des éléments, le rameur oppose la force et l’adresse. Tenant son canot nez au vent, il lui fait couper la vague écumante, et le force à courir vers le lieu du danger.

Malgré le bruit des flots et les éclats de la foudre, il entend à présent les cris et les appels désespérés des naufragés.

Alors, redoublant de courage et rassemblant toutes ses forces, il imprime à l’embarcation des élans qui la font bondir de vague en vague avec l’agilité d’un coursier. Quelques pieds seulement le séparent des malheureux. Encore un effort, et il est auprès d’eux !

Il jette l’ancre, et tend d’abord une rame à Joachim Bédard, qui lutte toujours contre les