Page:Caouette - Le vieux muet ou un Héros de Châteauguay, 1901.djvu/83

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notaire Archambault, de Montréal, et à ma cousine Françoise, de la même ville, qui te traitera, j’en suis certain, comme son propre enfant.

— Je vous remercie infiniment, mon père, dit Victor.

Le père fut surpris et charmé d’entendre cette parole courtoise sortir des lèvres de son fils ; car c’était la première fois, peut-être, que Victor lui adressait des remerciements…

Pauvre père ! s’il avait pu lire en ce moment dans la pensée de son fils, il aurait reculé d’horreur !

Depuis le commencement du carnaval, la jeunesse de Sainte-R… s’amusait très bien, mais d’une façon toujours conforme aux règles de la morale, que le vigilant curé savait faire respecter dans toutes les familles. Et la conscience des jeunes gens ne s’en trouvait que mieux, parce qu’elle n’avait que des peccadilles à se reprocher quand venait le saint temps du carême. Mais ces plaisirs innocents n’allaient pas du tout au goût dépravé et à la conscience élastique de Victor Lormier. Il lui fallait des amusements plus en harmonie avec les désirs malsains qui trônaient dans son cœur ; et il savait que la paroisse de Sainte-R… ne pouvait pas lui fournir les plaisirs qu’il rêvait.