Page:Carné - Souvenirs de ma jeunesse au temps de la Restauration.djvu/14

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vains du dix-septième siècle, et je n’ai pas tardé à en suspendre la lecture en songeant que le petit-fils de l’électeur de Brandebourg trône à Versailles, et qu’après la langue des maîtres, la France est condamnée à entendre aujourd’hui l’argot des clubistes et le pathos des dictateurs.

Dévoré d’inquiétude, incapable de tout labeur et m’appliquant un régime de malade, j’ai lu quelques romans anglais afin d’échapper un moment par le vrai à l’invraisemblable ; j’ai parcouru des romans de chevalerie, aimant à suivre dans le cycle de la Table Ronde les aventures de braves guerriers temporairement paralysés par de maudits enchanteurs en punition de grandes fautes. Enfin, comme le merveilleux sied surtout à l’homme quand le raisonnable lui fait défaut, je me surprends, quêtant de toutes mains des prophéties de vieilles femmes, dans l’espoir qu’un peu d’or pourrait bien se dégager de ces scories ; et je m’efforce de croire, avec le grand poète de la théologie catholique, que « les principaux événements de l’histoire ont tous été prédits. »

Mais cette viande creuse ne saurait suffire durant une crise qui sera bien longue, puisqu’après cette malheureuse guerre et la ruineuse occupation dont elle sera suivie, nous aurons à relever un pouvoir sur ce sol ravagé par l’ennemi et soulevé par des feux souterrains. Pour traverser moins douloureusement l’ère menaçante dont l’aurore se lève dans les horreurs de l’invasion, j’ai songé à me préparer un travail d’une rédaction facile, pour lequel je n’aurai à