Page:Cennino Cennini - Traité de la peinture, 1858.djvu/50

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
44
TRAITÉ DE LA PEINTURE

Si tu continues à ne suivre que les pas d’un seul, il faudra que ton intelligence soit bien grossière pour que tu n’en recueilles pas quelque nourriture, et alors il t’arrivera que la fantaisie que t’aura concédé la nature, une fois développée, te poussera à prendre une manière qui te sera propre et qui ne pourra qu’être bonne, parce que ta main et ton intelligence, accoutumées à cultiver des fleurs, ne sauraient recueillir des épines [1].

xxviii.00Comment, de préférence même aux maîtres, il te faudra
continuellement dessiner d’après nature.

Remarque que le guide le plus parfait que l’on puisse avoir, la meilleure direction, la porte triomphale qui conduit au dessin, c’est la nature. Dessiner d’après nature passe avant tout. Il faut t’y livrer avec ardeur et confiance, surtout quand tu commenceras à avoir quelque sentiment du dessin, continuer avec persévérance, et ne passer jamais un jour sans dessiner quelque chose. Si peu que ce soit, ce sera toujours autant, assez peut-être pour te conduire à l’excellence.

  1. Ce chapitre répand une grande lumière sur la condition de ces vieilles écoles où l’élève imitait toujours le maître ; et il n’est pas naturel qu’en le faisant on puisse éviter de prendre sa manière et s’en faire une propre. Léonard de Vinci, dans son Traité de la Peinture., ch. xxiv, condamne ce procédé, et dit qu’un peintre en suivant cette route pourra passer pour un neveu, mais jamais pour un fils de la nature.
    (Note du cav. Tambroni.)

    Je crois que la méthode de Cennino a eu l’avantage de conserver long-temps les grandes traditions sans étouffer les grandes individualités, telles que celles de Cimmabuë, des Giotto, Orcagna, Masaccio, etc., etc. Et peut-être est-ce encore un avantage d’annihiler et d’effacer les individualités médiocres, qui ont seules à craindre ce mode d’éducation. Le mot de Léonard est spirituel, mais il ne me parait pas d’aussi bon sens que le chapitre de Cennino. La culture doit être au profit des beaux produits et non des mauvaises herbes.

    ( V. Mottet.)