Page:Cennino Cennini - Traité de la peinture, 1858.djvu/51

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PREMIÈRE PARTIE


xxix.00Comment tu dois diriger ta vie en honnêteté et avec le soin particulier de ta main. — Dans quelle compagnie et comment tu dois commencer à dessiner d’après les figures dans les monuments.

Ta vie doit être rangée comme si tu étais étudiant en théologie, philosophie ou toute autre science ; usant avec tempérance le boire et le manger. Deux fois par jour suffisent, te contentant de pâtes et de vin légers. Veillant à éviter à ta main de trop fréquentes fatigues, comme de jeter des pierres, des pieux de fer, ou toute autre chose qui lui sont contraires et la font trembler. Une autre chose peut rendre la main si légère et tremblante qu’elle vacillerait au vent comme une feuille de papier, c’est la compagnie trop fréquente des femmes. Retournons à notre affaire. Aie un carton fait de feuilles collées ou de bois léger, d’un carré assez grand pour y mettre une feuille royale ou une demie ; ce sera bon pour y enfermer tes dessins, et pour, quand tu en auras besoin, poser dessus la feuille sur laquelle tu dois dessiner. Alors, va-t-en seul [1], ou dans la compagnie de gens qui aient à faire la même chose que toi et qui ne puissent te distraire. Si cette compagnie était celle de gens plus avancés que toi, ce n’en serait pour toi que meilleur. Vas ainsi dans les églises, dans les chapelles, et commence à dessiner. Regarde d’abord de quelle grandeur te paraît la figure ou le sujet que tu veux copier, où sont les ombres, les demi-teintes, les lumières ; et quand tu as placé tes ombres à l’aquarelle, conserve le champ pour les demi-teintes, et mets les lumières avec du blanc, etc., etc.

  1. Léonard de Vinci, dans son Traité de la Peinture, ch. viii, recommande aux peintres la solitude.