Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/105

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94 OEUVRES

ne serais pas étonné qu il y eût quelque honnête homme caché dans quelque coin, et que per- sonne ne connaisse. »

— Le maréchal de Broglie, affrontant un dan- ger inutile et ne voulant pas se retirer, tous ses amis faisaient de vains efforts pour lui en faire sentir la nécessité. Enfin, l’un d’entr’eux, M. de Jaucour, s’approcha, et lui dit à l’oreille : « Mon- sieur le maréchal, songez que, si vous êtes tué, c’est M. de Ptouthe qui commandera. » C’était le plus sot des lieutenans-généraux. M. de Broglie, frappé du danger que courait l’armée, se retira.

— Le prince de Conti pensait et parlait mal de M. de Silhouette. Louis xv lui dit un jour : « On songe pourtant à le faire contrôleur-général. — Je le sais, dit le prince ; et, s’il arrive à cette place, je supplie votre majesté de me garder le secret. » Ie roi, quand M. de Silhouette fut nom- mé, en apprit la nouvelle au prince, et ajouta: « Je n’oublie point la promesse que je vous ai faite, d’autant plus que vous avez une affaire qui doit se rapporter au conseil. » ( Anecdote contée par madame de Bouflers. )

— Le jour de la mort de madame de Château- roux, Louis XV paraissait accablé de chagrin ; mais ce qui est extraordinaire, c’est le mot par lequel il le témoigna : « Etre malheureux pendant quatre-vingt-dix ans \ car je suis sûr que je vivrai jusques-là. » Je l’ai ouï raconter par madame de Juxembourg, qui l’entendit elle-même, et qui