Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/109

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98 OEUVRES

vrai les uns avec les autres. Je sais, par exemple, ce que c’est qu’un père et un fils, un amant et une maîtresse, un ami et une amie, un protecteur et un protégé, et même un acheteur et un ven- deur, etc. ; mais ces visites produisant des scènes sans objet, où tout est comme réglé par l’éti- quette, dont le dialogue est comme écrit d’avance, je n’en fais aucun cas. J’aime mieux un canevas italien, qui a du moins le mérite d’être joué à l’impromptu. »

— M.... voyant, dans ces derniers temps, jus- qu’à quel point l’opinion publique influait sur les grandes affaires, sur les places, sur le choix des ministres, disait à M. de L..., en faveur d’un homme qu’il voulait voir arriver : « Faites-nous, en sa faveur, un peu d’opinion publique. »

— Je demandais à M. N.... pourquoi il n’allait plus dans le monde. Il me répondit : « C’est que je n’aime plus les femmes, et que je connais les hommes. »

— M.... disait de Sainte-Foix, homme indifférent au mal et au bien, dénué de tout instinct mo- ral : « C’est un chien placé entre une pastille et un excrément, et ne trouvant d’odeur ni à l’une ni à l’autre. »

— M... avait montré beaucoup d’insolence et de vanité, après une espèce de succès au théâtre ( c’était son premier ouvrage ). Un de ses amis lui dit : « Mon ami, tu sèmes les ronces devant toi ; tu les trouveras en repassant. »