Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/126

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Di: CHAMFORT. Il5

que cela. — Ni moi non plus, qui ai pourtant habité presque toutes ces sortes de maisons. » M reprenait toutes les circonstances, et fai- sait voir qu’il n’y en avait pas une qui ne s’appli- quât au monde tel qu’il est.

— M jouit excessivement des ridicules qu’il

peut saisir et apercevoir dans le monde. Il pa- raît même charmé lorsqu’il voit quelqu’injustice absurde, des places données à contre-sens, des contradictions ridicules dans la conduite de ceux qui gouvernent, des scandales de toute espèce que la société offre trop’ souvent. D’abord j’ai cru qu’il était méchant ; mais, en le fréquentant davantage, j’ai démêlé à quel principe appartient cette étrange manière de voir : c’est un sentiment honnête, une indignation vertueuse qui l’a rendu long-temps malheureux, et à laquelle il a subs- titué une habitude de plaisanterie, qui voudrait n’être que gaie, mais qui, devenant quelquefois amère et sarcasmatique, dénonce la source dont elle part.

— Les amitiés de N ne sont autre chose

que le rapport de ses intérêts avec ceux de ses prétendus amis. Ses amours ne sont que le pro- duit de quelques bonnes digestions. Tout ce qui est au-dessus ou au-delà n’existe point pour lui. Un mou\ ement noble et désintéressé en amitié, un sentiment déhcat lui paraissent une folie non moins absurde que celle qui fait mettre un homme aux Petites-Maisons.