Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/218

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Dr. cil A Ml- OR 1. 207

on abandonnant tout-à-coup le service du despo- tisme, le glacèrent d’effroi et précipitèrent sa chute. Persuadé, par l’habitude de leur obéis- sance, qu’ils étaient une portion de lui-même, en perdant leurs secours, il crut voir ses bias se séparer de lui. Sa surprise, mêlée d’une terreur profonde, s’accrut encore et fut au comble quand il les vit se vouer à la cause publique. Il passa tout-à-coup du sentiment exagéré de sa force au sentiment de sa faiblesse. Cette espèce de miracle, qu’il avait cru impossible, n’étonna pourtant que lui, ses agens et ses satellites. Depuis long-temps on observait le mécontentement de toute l’armée, de tous les corps qui la composaient ; et ce mé- contentement, loin d’éveiller l’attention des mi- nistres et des chefs sur les moyens de le calmer, ne semblait que les provoquer a multiplier les fautes et les imprudences. Les chefs fatigaient à pure perte leurs subordonnés : ceux-ci, par une vengeance imprévoyante, avaient, dans la lutte du roi et des parlemens, excité en secret à la désobéissance leurs soldats, qu’eux-mêmes avaient fréquemment indisposés. Comment ne s’aperce- vaient-ils pas qu’ils minaient à l’envi les fonde- mens d’un édifice ébranlé, prêt à crouler sur eux? Mais leurs destins étaient marqués : il fallait que la ruine de tous les oppresseurs fût le fruit de leurs propres intrigues. On eût dit que le ciel les aveuglait pour les perdre ; caractère de cette fatalité imposante que l’histoire des siècles passés