Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/250

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DE CHAMFORT. 289

tis. Les officiers frémissaient de colère de voir que leurs ordres dciiicuraient sans exécution. Pourélre obéis, ils ne voient qu’un moj’en; c’est celui qu’ils prirent : ils ordonnèrent la retraite, et les troupes rétrogradèrent jusqu’à la grille de Chaillot. Ellesy demeurèrent deux heures, après lesquelles elles reprirent le chemin du Charap-de-Mars. Là, le prince de Lambcsc reparut le lendemain, pour es- sayer d’obtenir de ses soldats ce qu’il n’avait pu en obtenir la veille; mais la résolution des troupes était prise : elles s’étaient rappelé que leur en- gagement n’avait été que de combattre les en- nemis de l’état, et elles n’en voyaient point. Ces ennemis n’étaient visibles qu’aux officiers qui ap- pellent l’état le gouvernement qui les paie. C’est cette équivoque qui a perdu les peuples; et le despotisme finit ou va finir, quand cette équivo- que commence à. s’éclaircir. C’est ce que ne savait pas M. de Lambesc, qui menaça du dernier sup- plice ses soldats réfractaires ; menace qui ne ser- vit qu’à les irriter contre celui qui se la permet- tait. Toute l’armée se souleva contre lui : il fut for- cé de se sauver à Versailles, où il ne trouva pas plus de sûreté qu’ailleurs. Il vit préparer contre lui ce même châtiment dont il avait menacé de généreux soldats, il fut encore contraint de fuir ; et comme la France entière ne lui présentait plus que des ennemis, il la quitta, retrouvant par-tout sur sa route le danger du même traitement auquel il venait de se soustraire.