Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/263

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s 52 OEUVRES

instruire l’assemblée de ce qui se passait dans la capitale ; donner l’ordre de prendre des cartouches à l’arsenal, et( ce qui fut plus décisif j autoriser les soixante districts à faire fabriquer cinquante mille picpies ; distribuer les armes, les balles, la poudre, le plomb, dont le peuple s’était emparé : voilà ce qui fut exécuté au milieu des cris, des demandes, des menaces, maleré la multitude d’in- cidens vrais ou /aux, mais également funestes et menaçans pour les électeurs, accusés à tout mo- ment de trahir la confiance publique. Perdre ces hommes courageux était le principal but des mal- intentionnés : on suscitait contre eux, au Palais- Royal, les motions les plus furieuses et les plus insensées. Leur refus de découvrir l’arsenal se- cret de l’hôtel-de-ville, c’est-à-dire de faire l’im- possible, pensa leur être funeste ; ce qui, l’instant d’après, ne les empêchait pas d’être les modéra- teurs des mouvemens populaires, tant le besoin de la subordination se faisait sentir aux plus for- cenés ! A chaque événement inattendu, ils cou- raient, se précipitaient d’une manière formidable. Tantôt ils priaient impérieusement, tantôt ils commandaient avec menaces qu’on leur donnât des ordres. On les donnait ces ordres, et ils étaient exécutés. Des hommes de tout état, de tout âge, de tout rang, multiplièrent des preuves d’une in- trépidité inébranlable. Un électeur faible et in- firme courut à travers la foule chercher le drapeau de la ville, que des hommes mal-intentionnés ou