Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/264

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DE CHAMFORT. 23

violens avaient enlevé: il parvint aie leurarraclier, et le reporta lui-même à sa plate. Un jeune prêtre, chargé de distribuer au peuple plusieurs barils de poudre déjà ouverts, continua de s’acquitter de cette fonction après avoir entendu siffler à son oreille la balle d’un pistolet, tandis qu’un indi- i:cnt, presque nu, fumait sa pipe sur un de ces barils; plaisir auquel il ne voulait renoncer, di- sait-il, qu’en vendant sa pipe, et on la lui acheta. On s’est depuis souvent étonné que, dans cette soirée tumultueuse, quelque accident inévitable parmi tant de torches et de flambeaux, n’ait pas fait sauter l’hotel-de-ville. La plupart de ceux qui s’y trouvaient n’y pensèrent pas, et ceux qui y pensèrent y étaient résignés. Une troupe d’hommes pervers ayant imaginé, vers la nuit, d’effrayer le comité permanent, en lui disant qu’on avait vu quinze mille soldats entrer dans Paris, et qu’ils allaient arriver pour forcer l’hôtel- de-ville : « 11 ne le sera pas, dit froidement un des électeurs (i), car je le ferai sauter à. temps (2). Et aussitôt il ordonna d’apporter six barils de poudre

(i) M. Le Grand de Saint-René, le même qui avait reporté, dans la grande salle, le drapeau de la ville qu’on en avait enlevé.

(2) Il était homme à le faire, dit M. Dussaulx, un de ses col- lègues, auteur de l’intéressant ouvrage intitulé : De l’Insurrection parisienne. Qu’il nous soit permis de saisir cette occasion de rendre hommage à la vertu de cet homme respectahle, qui était patriote par ses mœurs long-temps avant la révolution. Ce sont là les véri- tables et peut-être les seuls.