Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/277

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îaG6 OEUVRES

et calme, il les regarde; et, ce qui étonne, il se fait écouter. Il leur représente l’horieur de ce forfait, les intimide, parvient à toucher ceiix qui l’entendent. Mais la foule des brigands s’accroît, les survenans allaient se précipiter sur l’orateur. «Frappez, dit il, en leur présentant un couteau, frappez; et, puisque vous voulez vous souiller d’un forfait impie, percez-moi le cœur avant que de toucher à ce dépôt sacré.» Croirait-on que ces monstres, interdits et déconcertés, se retirèrent connue saisis de terreur?

Une dernière délibération décida qu’il fallait détruire la maison de fond en comble; et, pour commencer, ils mirent le feu aux écuries. Déjà la fiamme, en s’élevant, avait répandu la conster- i.ation dans les quartiers voisins. Les pompiers arrivent de toutes parts: mais, assaillis etmaltraiiés par les brigands, ils se retirent consternés. Heu- reusement trois ou quatre cents gardes-françaises, mieux instruits du péril et de ses conséquences, voulurent bien s’élever au-dessus de leur consigne et croire enfin que la police les regardait. Quel- ques décharges de fusils purgèrent le terrain de ces brigands, et assurèrent le travail des pom- piers, qui coupèrent les bâtimens voisins et em- pèchèrnt le pragrès des flammes. Un champ de bataille offre un spectacle moins révoltant que l’as- pect de l’enceinte et des environs de Saint-Lazare, ruisselans de sang, couverts de mourans, de morts, de lambeaux humains ; car ces monstres