Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/287

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27S OEUVRES

qu’une partie. Après en avoir chargé onze voi- tures, on fut contraint d’abandonner le reste, qui fut caché sous le dôme et enseveh sous des monceaux de paille.

11 est remarquable que le peuple marchait à cette expédition comme à une victoire certaine, quoique Tenceinte des Invalides, bordée de ca- nons tournés depuis quelques jours contre Paris, eût pu lui inspirer quelque effroi. Sans doute il ne pouvait se persuader que ces vieux guerriers se permissent contre lui aucune exécution san- guinaire : il savait qu’il était devenu une puis- sance; et les jours précédens l’hôtel des Invalides en avait eu îa preuve. Le régiment de laFère, qui y était caserne, avait défense d’en sortir et de se ré- pandre dans Paris; mais plusieurs soldats de ce régiment avaient violé cette consigne. Ils étaient allés voir leurs amis, leurs parens, ou d’anciens ca- marades, qui les avaient conduits dans les cafés, dans les jardins publics, où on les avait imbus de maximes plus propres à faire haïr et à ren- verser le despotisme, qu’à maintenir la discipline militaire. Ils craignaiejit, après cette faute, de retourner à leur corps. Le peuple, dont cette in- subordination servait la cause, prit le parti de les reconduire lui-même à leur poste, comme pour attester que c’était pour lui et par lui qu’ils s’é- taient écartés de leur devoir, et comme pour sol- liciter, par un concours imposant, l’indulgence ou la grâce qu’on ne pouvait prudemment leiu re-