Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/301

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iQO OEUVRES

très. Alors le danger ne fut plus pour lui seul ; il devint commun à tous les membres du comité, à tous les électeurs. En ce moment arrive une pré- tendue députation du Palais-Royal, dont l’orateur accuse M. de Flesselles de trahir ses concitoyens depuis vingt-quatre heures en refusant des armes à leur impatience, d’être en correspondance ac- tive avec tous les ennemis publics. M. de Flesselles se défend avec présence d’esprit, même avec fer- meté. Ses discours faisaient quelque effet, mais autour de lui seulement; et plus loin, les mots de traître, de perfide, se faisaient entendre au mi- lieu des clameurs. La lecture de deux billets sur- pris, et signés Besenval, adressés l’un au gouver- neur, l’autre au major de la Bastille, et dans lesquels on leur promettait du secours, réveilla toutes les craintes, tous les emportemens, toutes les passions. Elles paraissaient au comble, lors- qu’elles devinrent un vrai délire à la nouvelle de la prise de la Bastille, à la vue de ses chefs, à l’arrivée des vainqueurs, des vaincus, des prisonniers, des blessés, des mourans, amis ou ennemis, objets d’amour ou de vengeance. Ven- geance! ce dernier cri étouffait tous les autres ; et, dans une multitude alors forcenée, l’allé- gresse même semblait ajouter à la fureur popu- laire. Ce qui redoublait ces transports, cette rage, c’était la vue de quelques Invalides et des Suisses prisonniers, qu’on accusait d’avoir tiré sur le peuple. Les Invalides surtout, comme