Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/302

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DE CHAMFORT. 29 1

Français, étaient plus odieux. La mortl la mort \ ce mot faisait retentir et la salle, et les cours, et la place de Grève. Dans ce moment de ven- ceance, tous les yeux se portaient sur M. de Fies- selles, qu’on accusait directement et tout haut. Il sentit qu’il était perdu; et pâle, tremblant, balbu- tiant .-«Puisque je suis suspect, dit -il, à mes con- citoyens, il est indispensable que je me retire.» Un des électeurs lui dit qu’il était responsable des malheurs qui allaient arriver par son refus de re- mettre les clefs du magasin de la ville où étaient ses armes et sur-tout ses canons. Pour toute ré- ponse, il tira les clefs de sa poche et les mit sur la table. La multitude se pressant alors autour du bureau, les uns lui dirent qu’il devait être retenu comme otage ; d’autres conduit auChâtelet; enfin d’autres crièrent qu’il devait aller au Palais-Royal pour être jugé. Ce dernier mot était un arrêt de mort; et ce fut celui que saisit la fureur publique : au Palais-Rojall au Palais-PiOjal l devint le cri de tous. cfEh bien! messieurs, répondit alors M. de Flesselles d’un air assez tranquille, allons au Pa- lais-Royal.» Il se lève ; on l’environne; on le presse; il traverse la salle, entouré d’une escorte irritée d’hommes dont le visage annonçait l’inimitié, la haine, mais qui pourtant ne se permirent aucune violence. Il descend avec eux l’escalier de l’hôtel- de-ville, leur parle de près, s’adresse à chacun d’eux, se justifie, leur dit : «Vous verrez mes rai- sons; je vous expliquerai tout. » Il tâchait de se