Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/310

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DE CHAMFORT. 29

placés trop loin, ignoraient la capitulation ; les assaillans tuent, sans le savoir, leurs amis et leurs défenseurs. Le courageux Arné, bravant une mort presque certaine, s’avance sur le parapet, son bonnet de grenadier sur sa pique, et fait cesser le désastre. La joie redouble, la foule augmente, on accourt des rues voisines. On force les prisons, les cachots ; on pénètre, on s’enfonce dans tous les souterrains. On se rem- plit avec délices de la terreur qu’ils inspirent ; on délivre les prisonniers qui croyaient que ce tu- multe leur annonçait la mort, et qu’on étonne en les embrassant ; on brise leurs chaînes ; on les conduit vers la lumière, que quelques - uns, vieillis dans les cachots, avaient oubliée, et que leurs yeux ne peuvent soutenir ; on admire la pesanteur de leurs fers qu’on brise, qu’on arra- che, que bientôt on porte autour d’eux, autour des brancards sur lesquels on promène ces infor* lunés dans les places publiques, dans les jar- dins; on étale aux jeux d’une multitude étonnée ces instrumens de gêne, des corselets de fer et autres moyens de torture, recherches d’une bar- barie inventive. Les débris enlevés sous ces voûtes ténébreuses, verroux, ferremens, tout ce qu’un premier effort peut arracher, devient un trophée dans les mains qui l’ont saisi. Les clefs des ca- chots, portées à Thôtel-de-ville pour preuve de cette heureuse victoire, passent de mains en mains dans celles d’un électeur connu pour avoir