Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/337

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326 OEUVRES

puis la liberté conquise. Le plus grand noîTihre se trouvait alors dans l’enceinte de ia ville, et plu- sieurs contribuèrent à lui rendre un service dont le ministère dut leur savoir peu de gré. Mais nous avons vu plus d’une fois cpie sa destinée était de voir tourner contre lui presque toutes les mesures qu’il avait prises contre lv?s Parisiens. Ils savaient que ces travaux de Ptîonttnartre avaient eu pour objet d’y établir plusieurs plates-formes, à diffé- rentes hauteurs, disposées à rece- oir des canons. Ils résolurent de s’en emparer, d’y établir eux- mêmes des pièces d’artillerie pour protéger Paris, la Bastille, et tenir les ennemis à distance. Ce projet, à peine conçu, est exécuté soudain. Bour- geois, artisans de la capitale, gardes-françaises, soldats déserteurs de tous les régimens, oiivriers de IMontmartre, tous se mêlent, se conforident, conduisent, traînent ou poussent les canons sur la butte inégalement escarpée. Chevaux, voitures, instrumens, machines, l’empressement public avait tout fourni ; et en peu d’heures on acheva, sans frais, une entreprise que les agens du minis- tère n’eussent pu consommer qu’en plusieurs jours et avec des sommes considérables. La vue détaillée de cette butte, l’aspect des plates-formes, et l’ensemble de tous ces travaux combinés avec tant d’autres préparatifs non moins menaçans, parurent aux yeux plus ou moins prévenus des Pa- risiens, la preuve manifeste de l’horrible complot tramé contre eux. Leurs soupçons devinrent une