Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/356

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DE rHAMFORT. 34

ment que le peuple était trop heureux de pouvoir brouter Therbe ; et ce mot peu vraisemblable, a])rès avoir circulé parmi ses vassaux, sVtait ré- pandu dans la capitale. Banni do sa juopr* maison par ia crainte, P’oulon fit conrir le bruit de sa mort ; et l’un de ses domestiques étant mort, il liii fit fîiire des obsèques magnifiques et dignes d’un ministre. En même temps, il se retira dans une torre voisine, chez lui homme autrefois mi- nistre lui-même, mais moins odieux à la nation, parce qu’il avait mêlé au despotisme de sa place les formes plus polies d’une apparente douceur; car on reiu\ cette justice à M. de Sartine, qu’il n’a guère commis d’iniquités gratuites, et qifil ne s’est permis que celles qu’il a jugées indispensables pour parvenir au ministère et pour s’y maintenir. Tel était l’hôte chez qui Foulon avait cherché un asile, peu sûr pour le maître lui-même bientôt obligé d’en aller chercher un ailleurs. On laissa f-iir M. de Sartine ; mais Foulon, abhorré, fut dénoncé secrètement à ses vassaux. Ils le saisirent» l’accablèrent d’outrages et de coups, le dépouil- lèrent, le chariïèrent d’une botte de cette herbe dont il voulait les nourrir, lui mirent ime cou- ronne de chardons sur la tête, un collier d’or- ties au cou, et en cet état le traînèrent à Paris à la suite d’une charrette, dans la plus grande chaleur da midi, fabréuvant en route de vinaigre poivré. C’est ainsi qu’il fut conduit à fhôtel- de-vilie, à travers les huées et les imprécations