Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/358

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DE CUAMFORT. 347

Peut-être mil autre lieu dans l’univers n’offrait à cette époque, et notamment dans cette journée, un ensemble de contrastes plus bizarres, plus saillans, plus monstrueux. Celui cpii écrit ces lignes, et qui par hasard se trouva piésent à ce spectacle, en conserve après trois ans la mé- moire encore vive et récente. Qu’on se figure, à neuf heures du soir, dans ce jardin environné de maisons inégalement éclairées, entre des allées illuminées de lampions posés aux pieds des arbres, sous deux ou trois tentes dressées pour recevoir ceux qui veulent prendre des rafraîchissemens, causer, se divertir ; qu’on se figure tous les âges, tous les rangs, les deux sexes, tous les costumes, mélangés et confondus sans trouble, et même sans crainte, car les dangers n’existaient plus ; des soldats de toute arme, parlant de leurs derniers exploits ; de jeunes femmes parlant de spectacles et de plaisirs ; des gardes nationaux parisiens, encore sans uniforme, mais armés de baïonnettes ; des moissonneurs chargés de croissans ou de fiux; des citoyens bien vêtus conversant avec eux ; les ris de la folie près d’une conversation politique ; ici le récit d’un meurtre, là le chant d’un vaude- ville ; les propositions de la débauche à côté du tréteau du motionnaire. En six minutes on pou- vait se croire dans une tabagie, dans un bal, dans une foire, dans lui sérail, daiis un camp. Au mi- lieu de ce désordre et de l’étonnement qu il cau- sait, je ne sais quelle confusion d’idées rappelait