Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/369

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358 OTUVRFS»

nature. «Et le soldat ?. . La nature ne frémitdonc pas pour lui ? et s’il n’a pas quitté pour les combats les délices de la société, mais seulement son hameau d’où l’ont chassé sa misère et la t\ rannie du gouvernement, est-ce une raison pour être avili par nous, pour servir de contraste à l’of- ficier, pour rehausser la gloire de ces ducs, comtes et marquis, les seuls dont on trouve les noms dans cet éloge funèbre qui, selon vous, ont tout fait, qui ont teint de leur sang les champs de Fontenoi, les rivages de l’Escaut et de la Meuse, qui ont couru à la mort, non pour être pavés, mais pour être regardés de leur sou- verain? Etre regardé du souverain est beau sans doute : mais être pa\é quand on vous a tout pris, quand on vous a enlevé tous les moyens de substenter une misérable vie, c’est luie né- cessité plus déplorable qu’avilissante. Et puis ces officiers qui ne servent que pour l’honneur !,.. On a su depuis qu’à cet honneur l’Etat ajoutait plus de quarante-six millions ;et quarante-quatre suffisaient pour la paye de deux cent mille soldats.

attendri sur le sort de ses chers officiers, Vol- taire s’étonne et. s’afflige de l’indifférence avec laquelle les Labitans de Paris apprennent le gain d’une bataille achetée par un sang si précieux. ■ — Ah! pourquoi cette indifférence, qu’il taxe d’ingralitude ? Lui-même savait bien que cette guerre, fruit des cabales de deux intrigans, des